Niyyah, Amanah, Ihsan, Rizq
Ramadan Moubarak.
Le ramadan est le neuvième mois du calendrier islamique — un mois de jeûne de l'aube au coucher du soleil, consacré à la réflexion, la discipline et la générosité. C'est mon mois préféré de l'année. Il y a un silence qui accompagne le jeûne — pas seulement l'absence de nourriture, mais d'un certain type de bruit. On ralentit. On réfléchit plus posément. On se rappelle ce qui compte vraiment.
C'est un bon mois pour partager.
Je voudrais partager quatre concepts de ma foi qui façonnent discrètement ma manière de travailler depuis vingt ans. Pas comme un framework. Pas comme une prescription. Simplement les principes sur lesquels je m'appuie vraiment — ceux vers lesquels je reviens quand je dois trancher quelque chose de difficile, diriger dans l'incertitude, ou essayer de bien faire envers les personnes qui comptent sur moi.
Ils sont islamiques dans leur origine. Je crois qu'ils sont universels dans leur application.
Niyyah — L'intention
« Les actes ne valent que par les intentions. »
C'est l'enseignement complet. Simple, et quand on s'y arrête vraiment, discrètement radical.
Avant tout acte en islam, il y a l'intention. La même réunion, le même recrutement, la même décision produit — des actes entièrement différents selon le pourquoi qui les porte. Le travail accompli au service sincère des autres devient, dans la compréhension islamique, un acte d'adoration — pas séparé de la foi, mais une expression de celle-ci.
C'est dans le silence avant une décision difficile que je le perçois le plus clairement. Deux chemins peuvent sembler identiques vus de l'extérieur — mêmes métriques, même récit, même succès apparent — mais portés par des intentions radicalement différentes. L'un sert les personnes. L'autre sert l'ego ou la peur. La différence ne devient visible que plus tard, dans les conséquences avec lesquelles on doit vivre.
La pratique est donc simple mais inconfortable : s'arrêter assez longtemps pour se demander honnêtement, pourquoi est-ce que je fais ça ? Pas une fois par an pendant la planification stratégique, mais avant la réunion, avant l'e-mail, avant le recrutement.
Quand je regarde les décisions que je regrette, le problème était rarement la compétence. C'était la dérive — ces moments où l'urgence a pris le pas sur la clarté et où j'ai avancé sans réexaminer l'intention.
Amanah — Le dépôt de confiance
Amanah désigne ce qui vous est confié. On est dépositaire, pas propriétaire. On le porte avec responsabilité au nom des autres — et un jour on devra rendre des comptes sur la façon dont on l'a porté.
En islam, tout est formulé ainsi. La famille. La santé. L'équipe. L'entreprise.
Cette seule idée change tout au leadership.
Quand on pense posséder son équipe, on prend des décisions sur elle. Quand on comprend qu'elle est une amanah, on prend des décisions pour elle. L'un est le pouvoir. L'autre est le poids. Le poids est la bonne posture — et il produit de meilleures décisions.
J'ai construit X-RAY en tant qu'intrapreneur au sein d'EBRAND. Pas ma boîte, pas mes parts — mais tout mon soin, tout mon effort. Le considérer comme une amanah plutôt que comme un empire personnel a façonné chaque décision importante. Je dirige PragmaGeeks, ma société de conseil au Maroc, guidé par la même idée : le travail existe pour créer des opportunités là où elles sont nécessaires, pas pour construire quelque chose centré sur moi. Distribution, pas accumulation.
Pensez au meilleur leader avec qui vous avez travaillé. Celui qui prenait les décisions difficiles en toute transparence et traitait le développement des gens comme une vraie obligation. Il y a de fortes chances qu'il voyait son rôle comme une responsabilité acceptée, pas un titre mérité.
Ihsan — L'excellence
« Allah aime que lorsque l'un de vous fait quelque chose, il le fasse avec ihsan. »
Ihsan (إحسان) signifie l'excellence — mais un type particulier d'excellence. Pas le vernis qu'on ajoute pour impressionner un stakeholder. Pas le perfectionnisme qui ne livre rien. L'excellence qu'on doit aux personnes qui dépendent de notre travail.
Le Prophète Muhammad ﷺ était commerçant avant sa prophétie. Il était connu dans toute La Mecque pour l'équité de ses transactions, la qualité de ce qu'il échangeait et son honnêteté. L'excellence était inséparable de l'intégrité.
En pratique, ça se voit dans notre façon de construire et de travailler : chaque système reflète les conditions des gens qui le créent. Quand l'environnement est sain, la qualité suit. Quand il ne l'est pas, aucun processus ne compense.
Ihsan pose une question plus difficile : Si ça devait perdurer au-delà de vous, en seriez-vous encore fier ? Pas « est-ce livrable ? » — mais « est-ce digne de votre nom, même sans explication ? »
Rizq — La subsistance
Rizq, c'est la provision d'Allah — la subsistance, les opportunités, ce qui nous parvient dans cette vie. L'enseignement : ce qui est à vous vous parviendra. Ce qui n'est pas à vous ne vous parviendra pas.
Je veux être précis ici, parce que c'est le concept le plus facile à mal interpréter.
Le rizq n'est pas du fatalisme. On travaille. On s'efforce. On donne le meilleur de soi. Le Prophète ﷺ a dit : « Attache ton chameau, puis place ta confiance en Dieu. » Autrement dit : sécurisez d'abord ce qui est sous votre contrôle — assumez vos responsabilités, préparez-vous, agissez avec tout votre effort — et ensuite seulement acceptez que le résultat final n'est pas entièrement entre vos mains.
Le lâcher-prise, c'est la partie difficile.
J'ai vu de bonnes personnes prendre des décisions que je ne m'expliquais pas — des raccourcis éthiques, des gens traités comme jetables, des principes échangés contre un chiffre trimestriel. Et quand j'ai compris le contexte, c'était presque toujours la peur. La peur que sans ce compromis, le résultat qu'ils cherchaient ne viendrait pas.
Le rizq supprime cette peur. Pas parce que tout finit toujours bien — parfois non. Mais parce que notre provision ne dépend pas de la trahison de nos valeurs. On n'a pas à faire ce qu'on sait être mal. Ce qui est à nous nous parviendra par d'autres chemins.
Les leaders les plus intègres que j'ai côtoyés partagent cette qualité. Ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, puis lâchent le résultat. Pas parce qu'ils s'en fichent — ils s'en soucient profondément. Mais ils ne sont pas gouvernés par la peur. Cette liberté se lit dans chacune de leurs décisions.
Quatre concepts. Ceux vers lesquels je reviens le plus souvent.
On ne les trouvera dans aucun document d'architecture ni aucune revue de sprint. Mais ils sont derrière chaque décision importante que j'ai prise depuis vingt ans — celles dont je suis fier, et celles qui m'aident à comprendre où je me suis trompé.
Ramadan Moubarak à ceux qui jeûnent, et mes vœux chaleureux à tous ceux qui lisent — où que vous soyez et quoi que vous croyiez. Merci d'avoir pris ce moment ici. 🌙